Michel Onfray face à Aymeric Caron : la fin de la bien-pensance ?

Michel Onfray, invité de l'émission "On n'est pas couché" animée par Laurent Ruquier sur France 2 le 17 janvier 2015.

Michel Onfray, invité de l’émission « On n’est pas couchés » animée par Laurent Ruquier sur France 2 le 17 janvier 2015.

L’échange qui a opposé le chroniqueur Aymeric Caron et le philosophe Michel Onfray dans l’émission « On n’est pas couchés » le 17 janvier 2015 mérite un prolongement. Puisque les deux débatteurs ont chacun excipé des versets du coran, il me semble utile de faire le point sur cette question en faisant appel aux spécialistes. Aymeric Caron, qui assure avoir raison, reconnaît ne pas être un spécialiste de l’islam, et nie cette qualité à Michel Onfray, qui est tout de même professeur de philosophie.

Laissons la parole à une spécialiste absolument incontestée, qui est docteur d’État en droit, docteur en civilisation islamique, agrégée d’arabe, professeure d’arabe au Lycée Louis-Le-Grand (Paris), auteure chez Gallimard et à La Découverte. Que dit cette spécialiste ? La même chose que Michel Onfray, au mot et à la virgule près :

« Parler de théologie sclérosée de l’islam, d’archaïsme du droit musulman, n’empêche pas que l’islam juridique est bien vivant dans tout le territoire musulman et que c’est même le seul islam qui est pratiqué. Les intégristes ne sont pas des hérétiques par rapport au système traditionnel de l’islam. Ils veulent simplement que tout soit appliqué à la lettre (…)

Depuis le 11 septembre 2001, on répète que ce n’est pas cela l’islam [voir l’allocution aux Français de François Hollande ces derniers jours] que le coran est un message de paix et d’amour [voir ce qu’en a dit Aymeric Caron samedi 17 janvier dans « On n’est pas couchés »], qu’il s’agit là d’une dérive politique, d’une maladie [des déséquilibrés… ?] ! Une mauvaise fièvre en quelque sorte ! Mais si le coran était uniquement une parole de compassion, de douceur et de pardon, valable pour tous et pour tous les temps, pourquoi ces versets autorisant le talion, prescrivant le combat ? Pourquoi ces prescriptions sur l’amputation pour vol, la flagellation pour adultère ? Pourquoi cette autorisation de la polygamie, même accompagnée de mise en garde, pourquoi ces versets sur la répudiation, même si c’est le licite le plus haïssable ? Pourquoi cette différence de traitement entre l’homme et la femme dans l’héritage et le témoignage ? Pourquoi cette autorisation donnée à l’homme de frapper la femme, même si c’est en dernier recours ? Pourquoi cette sourate 8 sur le butin, les dépouilles de guerre ? Pourquoi ce rappel du massacre de la troisième tribu juive de Médine ? Pourquoi ces versets contraignants sur la tenue vestimentaire des femmes ? Pourquoi le verset sur la menstruation qualifiée de souillure ? Pourquoi tous ces versets stigmatisant les Juifs ? Pourquoi ces invectives contre ceux qui sèment la corruption sur la terre ?

Une amputation attribuée à l'État islamique (DR).

Une amputation attribuée à l’État islamique (DR).

Si le coran ne mentionnait rien de ce genre, si la vie du Prophète et son comportement ne contenaient aucune trace d’appel à la vengeance, bref, si le coran, la sunna (imitation du Prophète) étaient au-dessus de tout soupçon concernant ce qui est reproché aux intégristes islamistes, comment ces derniers pourraient-ils justifier l’imposition du voile à la femme, la polygamie, la peine de flagellation de la femme adultère, l’amputation de la main pour vol ? Ces versets sont bien dans le coran. Ils n’ont jamais été supprimés et le musulman, même le plus modéré, peut lire ces prescriptions.

Flagellation (DR).

Flagellation (DR).

Il n’est pas juste, et surtout pas très judicieux, de laisser croire aux non-musulmans que ce sont là pures inventions, sans fondement religieux, de fanatiques musulmans, d’excités, de malades, de fous de Dieu et ceci en Iran, en Arabie saoudite, au Soudan, en Libye, en Indonésie, au Pakistan, en Algérie et aujourd’hui au Maroc.

La liste des pays s’allonge. La vérité, c’est qu’il s’agit d’un retour aux textes fondateurs islamiques. Il faut avoir le courage de le dire : dans le coran comme dans la sunna se trouvent certaines prescriptions qui sont intolérables pour une conscience moderne. »

Anne-Marie Delcambre, L’Islam des interdits, Paris, éd. Desclée de Brouwer, février 2011, page 139-140.

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5 commentaires pour Michel Onfray face à Aymeric Caron : la fin de la bien-pensance ?

  1. julien dit :

    @Ma Parole: Heureux de me sentir moins seul…

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  2. Exquisiteur dit :

    DIRE LE BIEN ET LE MAL c’est le propre fondement des religions. Elles ont donc le code pénal canonique.
    Est ce le fondement de la LAICITE de dire le bien et le mal ?
    Reflechissez, j’en ai marre de le faire pour certains qui sont payés pour cela et faire vivre la laicité.
    Par exemple; la sodomie masculine donne le droit à l’adoption , C’est bien ou c’est mal ?
    (Adorateurs d’annus dei affrontent adorateurs d’annus horibilis selon leur code narcissique)

    Comment s’en sort on laiquement ?

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  3. barraud dit :

    Je partage ces ceux avis

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  4. julien dit :

    Cela devient de plus en plus difficile de supporter Aymeric Caron qui lorsqu’il ne simule pas une crise de larme (onpc de la semaine dernière), se fait le pourfendeur du politiquement correct en insinuant des penchants islamophobe à Onfray qui ose mettre au jour le caractère belliqueux du Coran…

    D’autre part, j’ai eu l’impression que l’émission avait été coupée à plusieurs reprises. L’atmosphère avait l’air très tendue vers la fin sans que l’on sache réellement pourquoi…

    J’ai trouvé Onfray un peu déconcerté. Surement par le niveau de la discussion et l’incapacité de ses interlocuteurs de comprendre ce qu’il voulait dire.

    C’est effectivement très dur d’être athée !

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  5. Ma Parole dit :

    J’apprécie toujours Caron et sa pugnacité, sa politesse, sa suite dans les idées, comme on dit, quand bien même je déteste une partie de son idéologie aveugle, tellement aveugle, refusant obstinément de voir la réalité en face et se poser les bonnes questions, comme on a pu le vérifier encore ce samedi soir avec Onfray.
    Ce qui est bien dans Caron, c’est qu’avant d’ouvrir la bouche, on sait ce qui le meut et quasiment ce qu’il va dire.
    L’autre soir, face à Onfray en séance de lecture, il portait un visage de deuil. Non, non, il ne peut entendre les appels au meurtre du livre saint de millions de ses amis. « Est-ce qu’ils n’ont rien compris à l’Islam ? » Justement, ç’aurait été la question pendante à « Est-ce que les terroristes ont tout compris à l’islam » ? C’est un peu manichéen ainsi exposé mais ç’aurait été un début. Non, herbe coupée sous l’pied.

    Lea Salamé a été affligeante. Face aux dérives du Coran, elle a tout fait pour changer de sujet et renvoyer autant de fois que nécessaire (la faute ?) aux autres religions où y’aurait le même type de propos (CQFD) et particulièrement à la Bible, pour bien noyer le poisson dans l’eau. « Changeons surtout de sujet » était son leitmotiv, quand ce n’était pas « Alors, que fait-on, que fait-on ? », comme si on allait trouver la solution sur un plateau de télé à un problème qu’elle a faire taire de toutes ses forces.

    Caron et Salamé semblent avoir réussi leur coup et sans se concerter. Il m’a bien semblé qu’Onfray ait été sensible au fait que ces 2 journalistes de gauche soient si alarmés par sa lecture des nombreux versets poussant au crime du Coran, comme si ainsi, il trahissait la gauche et toute son histoire. Onfray a dû rappeler ses 80 précédents livres et a tu en grande partie le développement de sa pensée qui devait être plus fine que cela. Onfray n’est pas raciste mais il n’a pas le droit, selon Caron, de lire des passages du Coran pour les dénoncer, pour nuancer le débat ou le pousser dans une direction dérangeante afin de mieux comprendre ensemble ce dont il est question. Pour Caron, on ne dénonce pas ce genre de choses. Chut. Il y a d’autres sujets sur lesquels discourir ou taper.
    Tant que cela durera ainsi, il n’y aura jamais de solution.

    Pourtant, il aurait été intéressant de commencer à débattre sur ces innombrables versets, voir ce que les musulmans en font, comment ils s’en accommodent, dans la mesure où l’Islam n’a pas de tradition exégétique, contrairement au judaïsme et au christianisme, puisque ce serait assimilé à de la « critique ». Toujours le même problème.
    Il est aussi à remarquer ces sourates et hadiths possèdent chacun des commentaires rédigés durant la prime histoire de l’Islam, dont il serait vraiment naïf d’imaginer qu’ils les modèrent. La réalité, hélas, montre qu’ils les aiguisent encore plus.
    Onfray ne semblait même pas savoir cela, ou du moins n’a-t-il pas eu la possibilité de le dire.

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