Natacha Polony : « Mort aux Juifs », ou la banalité de la haine à Paris

Natacha Polony revient sur les événements qui ont marqué la semaine en France, et notamment sur les incidents qui ont entouré la manifestation pro-palestinienne du 13 juillet (article du 19 juillet 2014).

Une double photo révélatrice de ce qui est en jeu : en haut, une tuerie atroce. En bas, la manif parisienne. Dans les deux cas, le même slogan. Merci @jpney

Une double photo révélatrice de ce qui est en jeu : en haut, une tuerie atroce. En bas, la manif parisienne. Dans les deux cas, le même slogan : celui des terroristes d’EIIL. Cliquer pour lire l’article sur Le Figaro.fr. Merci @jpney

« C’est désormais une habitude : dans les rues de Paris, on peut crier « mort aux Juifs ». Des manifestants veulent exprimer leur colère et leur frustration : « Mort aux Juifs ! ». Des gens entendent protester contre les bombardements meurtriers en Palestine décidés par un gouvernement d’Israël aux mains d’une droite de plus en plus dure : « Mort aux Juifs ! ». Une passante prend la défense de deux jeunes filles qu’un homme menace verbalement. Il se retourne contre elle, la traitant de tous les noms, puis la regarde attentivement et s’exclame : « Mais tu es une sale Juive ! Casse-toi, sale Juive ou je vais te crever. » Et c’est le déferlement. « Mort aux Juifs ! ».

« Casse toi, sale Juive, ou je vais te crever. » Un manifestant pro-palestinien à Paris

Qui aurait imaginé que dans les rues de Paris, en 2014, on pourrait rencontrer cette expression décomplexée de l’antisémitisme le plus violent ? Il y a déjà quelques années que l’on entend des politiques déplorer mollement les « importations du conflit israélo-palestinien » sans que cela n’enraye en rien une mécanique qui dépasse de beaucoup les problématiques de politique étrangère.

Bien sûr, la politique d’Israël faite de poursuite de la colonisation et de militarisation des différends est insoutenable et suicidaire. Bien sûr, on aimerait une position ferme sur la scène internationale pour interdire ce mur inique qui coupe les villages palestiniens et ne respecte pas les frontières fixées par l’ONU. Bien sûr, on voudrait entendre davantage les voix juives dénonçant la politique de l’actuel gouvernement israélien. Bien sûr, on espérerait que certains n’assimilent pas toute critique de cette politique de l’État d’Israël, ou même toute critique à l’encontre d’une personne publique se trouvant être juive, à de l’antisémitisme. Bien sûr. Mais quel rapport avec les Juifs de France et la possibilité pour eux de vivre en paix dans une nation qui est la leur ?

Il y a déjà plusieurs années que des professeurs alertent sur la montée d’un antisémitisme décomplexé dans certains établissements scolaires. Cela a commencé avec des usages du mot « juif » assimilé à une insulte : « Fais pas ton Juif »… Cela a continué avec des contestations de l’enseignement de l’holocauste. Et l’on peut considérer que cet enseignement a été mal conçu, faisant le choix de l’émotion pour frapper les esprits de jeunes au détriment parfois d’un enseignement appuyé sur la raison et l’analyse, peu importe. Il ne s’agissait pas de cela mais bien de propos négationnistes tenus par des jeunes gens expliquant benoîtement qu’Hitler n’avait pas « fini le travail »…

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