Laïcité : il est temps de se ressaisir !

Dessin : Louison.

Dessin : Louison.

Les tentatives de certaines minorités religieuses pour ébranler notre édifice républicain laïque ne sont plus acceptables. L’hebdomadaire Marianne lance un appel et vous invite à le cosigner. Parmi les premiers signataires, Elisabeth Badinter, François Baroin, Georges-Marc Benamou, Luc Ferry ou Marcel Gauchet.

Avec eux, j’ai signé. Faites-le aussi !

L’appel de « Marianne »

Il y a urgence ! Les politiques se sont trop longtemps défaussés sur les juges, comme le montre l’interminable feuilleton Baby-Loup, désormais entre les mains de la justice européenne. Marianne publie un appel d’intellectuels, de politiques et d’acteurs de la société civile. Pour renouer avec la tradition républicaine et en finir avec trente ans de démissions. Un appel que vous pouvez vous aussi signer sur la plateforme Change.org.

Hommes et femmes d’horizons philosophiques, politiques et professionnels différents, nous sommes inquiets de voir à quel point, face à l’action engagée par diverses mouvances religieuses et politico-religieuses pour attenter à la laïcité républicaine, la réponse politique demeure faible. Pour notre part, récusant autant ceux qui exploitent la défiance générale pour accentuer la fracture sociale et identitaire, que ceux qui rejettent toute analyse critique du multiculturalisme dans le camp des « réactionnaires » ou des « intolérants », notre démarche vise à défendre et faire vivre la laïcité sans blesser mais dans la clarté et la fermeté, à trouver des solutions sans heurter mais sans faillir.

La laïcité — qui refuse les aspects politiques des religions et laisse à ces dernières toute liberté dans la vie sociale sous régime de droit commun — est globalement vécue dans notre pays comme une « tradition moderne », ce qui est parfois difficile à décrypter pour ceux venus d’ailleurs. Or aujourd’hui, la laïcité comme principe politique, code de vie collective et force morale, est remise en question par divers mouvances et groupes religieux qui rejettent « la démocratie des mécréants », la suprématie du droit civil sur les textes, à leurs yeux sacrés, avec un usage maîtrisé des radios communautaires et d’internet. Dans cet espace ainsi ouvert se rejoignent radicaux et orthodoxes issus des trois religions monothéistes pour exploiter à leur profit la crise ambiante, remettant notamment en cause les acquis du long combat pour l’égalité des sexes que l’on croyait clos et qui, à notre grande surprise, est à reprendre.

Notre propos n’est pas de nier l’existence d’une diversité ethnique, religieuse, culturelle ou autres, encore moins de réfuter le droit d’appartenir à telle ou telle communauté à la condition, toutefois, que celle-ci ne verse pas dans le communautarisme et reste ouverte sur l’extérieur, qu’elle facilite le va-et-vient en pensées et en individus entre le dedans et le dehors. Mais plus encore à la condition que, sachant indivisible notre République de citoyens, chacun se reconnaisse dans un fonds commun en histoire, en droits, en valeurs et en normes dont la laïcité est l’une des plus éminentes. Pour autant la laïcité n’est pas un dogme, on a le droit de manifester des opinions anti-laïques, mais on n’a aucunement le droit de transgresser les lois laïques votées par le Parlement.

Or depuis une trentaine d’années, des mouvements se développent dans notre société qui semblent aller en sens inverse, du fait d’une immersion des peuples dans la mondialisation avec perte des repères, d’une circulation accentuée de populations poussées hors de leurs pays par la misère, les révolutions et les guerres théocratiques, fondamentalistes, interethniques et nationalistes. Ont ainsi surgi des exigences en matière de rituels vestimentaires, alimentaires, cultuels ou d’expression médiatique, qui sont loin de correspondre toujours aux demandes réelles de populations hétérogènes d’un point de vue économique et identitaire. Certains pays ont expérimenté sur ce terrain une attitude permissive, comme le Canada sous le couvert d’accommodements dits raisonnables, avant de reculer face aux incohérences des revendications et au risque d’un éclatement sociétal : tribunaux rabbiniques ou islamiques, jours fériés spécifiques à chaque religion, révision multiforme des programmes scolaires, pauses pour les prières sur les lieux de travail, formation au multiculturalisme de la police et des médecins, imposition de quotas pour certains recrutements et différents concours, etc. Ces accommodements s’imposent quelquefois au niveau mondial avec, depuis peu, l’autorisation du port du voile ou du turban sur les stades.

De plus en plus en France, le flou juridique en matière de laïcité, doublé de l’indécision politique, favorise au sein de nombreuses institutions publiques et privées des « accommodements » mal vécus par une grande partie des professionnels et des usagers. Face à ces confusions — qui alimentent les extrêmes — ce sont aujourd’hui bien souvent les décisions prises par des acteurs de la société civile, sans toujours le garant de la loi, qui montrent courageusement la voie à suivre. Ce fut ainsi le cas pour la crèche Baby-Loup comme pour l’entreprise Paprec, en Seine-Saint-Denis, qui s’est dotée d’une charte de la laïcité, acceptée à l’unanimité des 800 représentants de ses 4 000 salariés, pour imposer un devoir de neutralité sur le lieu de travail où coexistent des employés de 52 nationalités.

Pour accueillir l’altérité, un pays se doit d’être solide sur ses pieds, confiant dans ses fondations, tout en étant capable, par ses structures d’accueil et en fonction de ses capacités, d’intégrer chacun sur la base de principes clairs expliqués et enseignés. Il appartient aux politiques et aux institutions de transmettre cette laïcité, qui reste par nature un formidable levier d’intégration puisqu’elle permet de rassembler tous les citoyens — et au-delà tous ceux qui vivent sur le territoire national —, quelles que soient leurs origines religieuses ou ethniques, qu’ils soient croyants ou non, sans la moindre distinction. Tous les citoyens et les responsables, quelle que soit leur sensibilité politique, sont concernés. Or nombre d’entre eux ne réagissent plus sur ce terrain, quand d’autres l’instrumentalisent d’un point de vue idéologique. Entre autres raisons, les résultats des dernières élections municipales et européennes ont durement sanctionné ce délaissement de nos valeurs par nombre de ceux qui avaient à les faire vivre. Ainsi de la laïcité. Il est grand temps de se ressaisir !

Signataires :

Elisabeth Badinter, philosophe
François Baroin, ancien ministre
Sadek Beloucif, professeur de médecine, chef de service à l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis)
Ghaleb Bencheikh, président de la conférence mondiale des religions pour la paix
Abdennour Bidar, philosophe
Jeannette Bougrab, ancienne ministre
Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne
Yolène Dilas-Rocherieux, sociologue
Luc Ferry, philosophe, ancien ministre
Elisabeth de Fontenay, philosophe
Nadia El Fani, cinéaste
Marcel Gauchet, philosophe
Jérôme Guedj, président du Conseil général de l’Essonne
Jean Glavany, député, ancien ministre
Asma Guénifi, présidente de Ni putes ni soumises
Daniel Keller, grand maître du Grand Orient de France
Patrick Kessel, président du Comité Laïcité-République
Catherine Kintzler, philosophe
Jean-Pierre Le Goff, sociologue
Catherine Lemorton, Présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale
Anicet Le Pors, ancien ministre
Richard Malka, avocat
Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Seine-Saint-Denis (Paris 13)
Abdelwahab Meddeb, écrivain
Corine Pelluchon, philosophe
Jean-Luc Petithuguenin, Pdg de Paprec
Alain Seksig, inspecteur de l’Education nationale
Malika Sorel, essayiste
Francis Szpiner, avocat
Michèle Tribalat, démographe
Sihem Habchi, ancienne présidente de Ni putes ni soumises
André Laignel, ancien ministre,
Guy Lengagne, ancien ministre
Christian Bataille, député du Nord
Philippe Baumel, député de Saône-et-Loire
Jean-Pierre Blazy, député du Val d’Oise
André Henry, ancien ministre
Gaye Petek, fondatrice de l’association Elele-Migrations et cultures de Turquie
Jean-Louis Auduc, directeur honoraire des études à l’IUFM – Université Paris Est Créteil,
Gérard Delfau, sénateur honoraire
Philippe Esnol, sénateur des Yvelines
Guylain Chevrier, formateur en travail social, chargé de cours à l’université
Bernard Ferrand, Professeur honoraire, chargé de mission Laïcité à l’Université d’Evry,
Frédérique de la Morena, maître de conférences en Droit public, Université Toulouse,
Michèle Narvaez, Professeur en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles à Lyon,
Alain Simon, haut fonctionnaire
Georges-Marc Benamou, écrivain et producteur
Martine Cerf, co-directrice du Dictionnaire de la laïcité
Philippe Foussier, président délégué du Comité Laïcité République
Philippe Guglielmi, conseiller régional d’Ile de France
Catherine Jeannin-Naltet, grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France
Cindy Léoni, ex-présidente de SOS Racisme
Michel Meley, président de la Fédération française du Droit Humain
Odile Saugues, députée du Puy de Dôme
Gilles Schildknecht, haut fonctionnaire pour l’enseignement supérieur et la recherche

 

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2 commentaires pour Laïcité : il est temps de se ressaisir !

  1. Exquisiteur dit :

    Petit rajout en voyant « Michel Meley, président de la Fédération française du Droit Humain »

    C’est comique la vanité des singes homosapiens sapiens. Seuls cette espèce d’animal arrogant et vaniteux, a des droits.
    Sa fédération aurait été  » droit et DEVOIRS HUMAINS » encore cela pouvait passer la barrière comique.
    Tous comme la DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE l’HOMME ;
    Détruire la planéte EST dans cette déclaration, considéré des animaux comme « des meubles » , etc….
    Bande d’idiots prétentieux et vaniteux que vous êtes tous dans vos déclarations. Toujours à réclamer des droits sans devoirs de respect pour les autres formes de vie.
    Allez bye, prétentieux.

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  2. Exquisiteur dit :

    Remarquable, d’autant plus que parmi les signataires il y a des députés qui ont voté une LOI ANTI LAIQUE cad le MEME MARIAGE POUR TOUS.

    La dérive vient des députés eux-mêmes et du conseil constitutionnel qui approuvent des LOIS QUI DISENT LE BIEN OU LE MAL (le domaine de la morale et des religions)
    Sans LOI laïque il n’y a plus de « vivre ensemble possible ». Son guide est le pacte de paix civile négociée qu’est la Constitution. La légitimité de la loi est dans celle ci et constitue l’ordre public citoyen. Troubler cet ordre (la loi même mariage pour tous est un trouble) est anti-laïque.

    La loi républicaine laïque ne dit pas LE BIEN et LE MAL en vertu d’un système de croyance.
    La loi peut interdire le bien et autoriser le mal selon le point de vue des citoyens.

    Exemple: LES RELATIONS SEXUELLES DOIVENT ELLES OUVRIR DES DROITS CITOYENS ?
    oui , a répondu le conseil constitutionnel.
    Conséquence : les différents types de relations sexuelles sont entrées dans le champ législatif
    en vertu de leur NATURE et non leurs conséquences.
    Une telle loi (MMPT) dit « l’homogenralité (ex-homosexualité) est BIEN  » et la pédophilie « MAL et autres , les relations à plusieurs , MAL » etc par leur Nature.

    QUEL CULOT ont ces signataires pour une partie d’entre eux , ayant voté ou supporté d’ouvrir des droits sans devoirs citoyens au nom de catégories de pratiques sexuelles.

    Le mariage etait un contrat de reproduction (visée démographique) obligatoire (atténué par la tardive contraception et avortement) pas de relations sexuelles hétéro (le moyen).

    En votant cette loi infâme, et en ne la déclarant pas inconstitutionnelle (nous n’avons pas voté la constitution de la 5 ème R avec le meme mariage pour tous)
    nos représentants DETRUISENT peu à peu tout le fondement de l’ordre républicain c’est à dire la loi du vivre ensemble basé , non sur l’ARBITRAIRE du bien ou du mal, mais des CONSEQUENCES de vos actes de LIBERTE sur la Liberté d’autrui, au nom de la FRATERNITE (le vivre ensemble).

    Quant à l’EGALITE, dont la LGBT a manipulé le concept (pour tous donc y compris les enfants) en bande organisée, elle est confondue avec l’EQUITE, qui elle est sous la responsabilité d’un ministre de la JUSTICE et non de l’Egalité.
    C’est en quoi , ce ministre, faiseur de défaites électorales, a trahi sa fonction républicaine laïque.

    Si l’EGALITE est le principe d’ouvrir des droits identiques à tous les citoyens, on se demande pourquoi , dans un élan républicain l’assemblée nationale ne vote pas LE MEME SALAIRE POUR TOUS , tout comme le meme mariage pour tous, au nom de l’EGALITE parfaite entre tous les citoyens.

    Nos représentants ont abandonné la RAISON au profit du copier coller avec des législations venant d’Etat où Dieu (le bien le mal) se trouve dans leur devise d’Etat (God bless, Dieu est mon droit, etc…

    L’abandon du raisonnement juridique laïque pour des visées eléctorale est la plaie de notre laicité.

    M. LEMAIRE qui se déclare maintenant  » pro meme mariage pour tous » en est l’exemple récent.
    il dit  » je me fous de la laïcité parce qu’elle ne me rapporte pas de voix à la présidence de l’UMP ».

    Toute les systèmes de cohésion nationale du vivre ensemble (fraternité) par la laîcité est foutu en l’air par ceux meme qui ont la charge de la défendre et maintenir vivante.

    Le CAPRICE de chacun est AU DESSUS de la loi du vivre ensemble. La boite de pandore a été ouverte. Chacun veut maintenant , au nom des ses propres pratiques (sexuelles, religieuses, politiques, idéologiques, etc….) un droit sans devoir qui détruit l’ordre public négocié et basé sur la laïcité cad refuser de dire le bien et le mal par nature pour organiser l’espace de vie commune.
    La laicité permet de dompter 66 millions de capricieux dans une vie commune.
    Le législateur, corrompu dans sa raison, ses sens, et son portefeuille électoral, voire pécunier, l’a oublié.

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