UMP : les conditions d’une reconquête

Article publié dans « Le Plus – Nouvel Obs » (©).

Au lendemain des élections présidentielle et législatives, un constat s’impose : la défaite est nette, mais ce n’est pas une déroute. Avec 48,6 % à l’élection présidentielle et près de 220 députés à l’issue des législatives, l’UMP continue à exister et à être un grand parti de rassemblement républicain.

Ce constat ne suffit pas, cependant, à permettre à l’UMP d’espérer une alternance en 2017. Cinq ans, c’est à la fois très long et trop court. À cet égard l’UMP doit satisfaire deux pré-requis et trois conditions.

I. Les deux pré-requis : l’analyse de la série d’échecs enregistrée et une feuille de route

La première étape de la reconquête, c’est l’analyse de la situation. Pour procéder honnêtement à cette analyse, il faut faire abstraction des querelles de personnes et/ou des positionnements des uns et des autres. Cette analyse commence par un constat : depuis 2007, l’UMP a perdu toutes les élections intermédiaires sans exception. Dominique Reynié a parfaitement analysé ces défaites dans un article publié sur le site de la fondation pour l’innovation politique qu’il dirige (Fondapol).

A. Retour sur une série d’échecs électoraux

Ces échecs successifs, comme l’observe Roselyne Bachelot, ne sont peut-être pas dus totalement au hasard. Ils traduisent le décalage qui s’est installé progressivement entre les élus et les électeurs. Ce décalage doit être compris et appréhendé, sinon aucune évolution ne sera possible. Il convient à cet égard de rappeler qu’une majorité de Français exprime une sensibilité plutôt à droite. En toute logique, les élections devraient traduire cette sensibilité, et la droite devrait être au pouvoir ; ce n’est pas le cas. Il y a donc bien une difficulté.

Chercher les causes de cette difficulté, ce n’est pas mettre en oeuvre un « droit d’inventaire », au sens où il s’agirait d’imputer l’échec à tel ou tel. Nicolas Sarkozy a lui-même affirmé à plusieurs reprises qu’en cas d’échec, il en assumerait seul la responsabilité. Il est inutile de retourner le couteau dans la plaie. Il est en revanche utile de chercher, et de trouver, d’où vient la plaie.

À cet égard, seul un « débriefing », organisé au sein des instances de l’UMP, à tous les niveaux, permettra d’aboutir à un constat partagé de la situation.

B. Une feuille de route pour l’UMP

Vient ensuite la « feuille de route ». A partir du constat, et sans préjuger des solutions de fond (idées politiques et hommes susceptibles de les porter), il faut organiser une « longue marche » vers la reconquête.

Devant quelques dizaines de militants, mercredi 20 juin 2012, Jean-François Copé a proposé ce qui peut apparaître comme le point de départ de la longue marche :

1° Organiser ensemble un travail sur les valeurs. Ce travail vise à approfondir les raisons pour lesquelles on se dit proche de l’UMP, celles qui nous distinguent de la gauche, et de l’autre côté, du Front national ou des extrêmes. Pour Jean-François Copé, ce débat devrait s »organiser autour de trois mots : « Autorité, courage, générosité ».

2° Organiser au sein de l’UMP des « mouvements » représentatifs des sensibilités politiques qui composent l’Union : gaullistes, libéraux, etc.

3° Préparer l’élection du futur président de l’UMP à l’occasion du congrès de l’Union qui aura lieu en novembre 2012.

Ces étapes sont nécessaires et le secrétaire général de l’UMP est dans son rôle en anticipant, et en préparant les événements qui s’annoncent au sein de la droite parlementaire. Mais elles ne sont pas suffisantes.

II. Les trois conditions à satisfaire pour espérer une victoire

Pour espérer devenir la force politique susceptible de proposer une alternance crédible en 2017, l’UMP doit impérativement respecter 3 conditions :

A. La règle des deux-tiers

L’UMP doit impérativement représenter au moins deux tiers des voix de l’opposition aux socialistes. En d’autres termes, et pour faire simple, l’UMP doit atteindre au moins 33 % des voix au premier tour, pour espérer agréger à elle, au second tour, les voix lui permettant d’atteindre la majorité. Franck Borotra, ancien ministre et ancien secrétaire général adjoint du RPR, reprenait souvent une image scientifique : « Deux planètes de taille égale se repoussent, tandis que deux planètes de taille différentes s’attirent, la plus petite allant vers la plus grande ». C’est exactement cela qu’il faut parvenir à organiser : atteindre une force suffisante pour que celle-ci soit attractive. c’est ce même constat qui milite pour le maintien impératif de l’UMP. La scission de l’UMP en deux partis de forces équivalentes provoquerait inévitablement leur répulsion et une division qui plongerait l’opposition… dans l’opposition pour dix ou vingt ans.

B. La nécessité d’un chef

L’UMP doit se doter d’un chef. « Seules sont perdues d’avance les batailles qu’on en livre pas », avait écrit le général De Gaulle. Cela est vrai, mais à une condition : que la bataille soit engagée derrière un chef. À cet égard, l’UMP doit apprendre à organiser en son sein l’émulation nécessaire à l’émergence d’un chef qui, au-delà des sensibilités des unes et des autres, aura la capacité à rassembler l’Union, et au-delà, l’électorat. N’oublions pas qu’à ce titre, l’UMP doit préparer deux étapes et non pas une seule. La désignation du président de l’UMP en novembre ne saurait masquer la seconde étape : celle du candidat à l’élection présidentielle en 2017. Certes, le président élu d’une UMP rénovée aura une légitimité certaine pour concourir à une primaire de la droite en vue de l’élection présidentielle. Mais rien ne dit que cela devrait nécessairement être lui. Organiser et participer à des débats internes à l’UMP pour désigner un chef n’est pas dans la culture de l’UMP. La sensibilité gaulliste de l’Union, qui voit le chef comme un homme providentiel, à l’image du général De Gaulle, est peu compatible avec ce type de procédure interne. Les militants et les électeurs y voient un risque de divisions, et ce risque n’est pas nul. Il faut pourtant bien admettre qu’à gauche, la primaire organisée par le parti socialiste, même si elle a pu laisser quelques traces, a été un succès qui a propulsé le vainqueur vers la victoire.

C. L’UMP doit être le lieu d’où émergent les débats

La troisième condition à satisfaire, si l’UMP veut un jour être en situation d’accéder à nouveau au pouvoir, c’est de faire en sorte que les débats s’organisent en son sein, et pas à l’extérieur. Avec l’expérience, on s’aperçoit que tous les partis qui ont accédé au pouvoir sont ceux au sein desquels les débats « du moment » se sont noués, et au sein desquels les questions posées ont trouvé une réponse, ou même une ébauche de réponse. Pour le dire de manière différente, tous les positionnements « par rapport à l’adversaire » ont conduit à l’échec. Le « Présider autrement » de Lionel Jospin faisait à l’évidence référence à Jacques Chirac. Il a conduit à l’échec du candidat socialiste.

Les débats de société, les débats économiques, les débats politiques, doivent avoir lieu au sein de l’UMP, et non pas entre l’UMP, et ses concurrents ou adversaires. L’UMP n’a pas à se positionner par rapport au Front national ou au Parti socialiste. Elle a à se positionner par rapport à ses propres valeurs, en organisant le débat public autour des sensibilités qui la composent, et que constitueront les futurs « mouvements » que Jean-François Copé a évoqués ces derniers jours. Les débats de société sur la fin de la vie, sur la prise en charge de la dépendance, sur le handicap, sur la politique familiale, sur l’immigration doivent d’abord « opposer » les sensibilités à l’intérieur de l’UMP. Les débats économiques sur le seuil des prélèvements obligatoires en France, sur la place de la France en Europe ou sur l’évolution du droit du travail ne doivent « opposer » l’UMP à ses concurrents, ils doivent « émuler » les sensibilités internes à l’UMP.

Cette troisième condition est sans doute celle qui sera la plus difficile à satisfaire, tant l’unanimisme et la culture du chef règnent parfois au sein de l’UMP. Il est cependant indispensable d’y parvenir. Débattre, et le faire publiquement, n’est en aucun cas un signe de faiblesse ou d’indécision. C’est au contraire un signe de maturité et d’ouverture. Ce qui a été la gangrène du PS, les fameux « courants », c’est aussi ce qui a été sa force, en définitive.

Prenons pour exemple le débat sur « l’abolition de la prostitution » lancé ces derniers jours par Najat Vallaud-Belkacem. Il suscite d’ores et déjà des débats au sein des courants du PS. Les militants de « Désirs d’avenir », qui porte les idées de Ségolène Royal, laissent entendre leur différence sur ce point. Cela ne fragilise pas du tout le PS. Au contraire-même. Il faut que l’UMP parvienne à ce degré de maturité, où l’on peut débattre publiquement de sujets importants, sans sombrer dans le risque de la division.

Ces trois conditions sont nécessaires, mais ne sont naturellement pas suffisantes. Pour espérer une victoire en 2017, et pour la mériter, il faudra naturellement reconstruire un appareil de valeurs et doter la droite parlementaire d’un socle programmatique suffisamment solide pour emporter la conviction. On l’a peut-être un peu oublié ces derniers temps à l’UMP : on vote d’abord pour des idées, pas pour des hommes…

C. Emery

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