Témoignage rare d’un usager du RER A

Face à l'actuelle mairie, l'ancienne gare, qu'on appelait "La rotonde" (DR).

Saint-Germanois de toujours, Jean-Michel Prudhomme vient de livrer son témoignage à l’Association de défense des usagers saint-germanois du RER A (ADURERA). Il y évoque, avec beaucoup de détails, la lente dégradation du service sur cette ligne, la première de l’histoire du chemin de fer en France, puisqu’elle fut inaugurée le 24 août 1837.

« J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le document qu’ADURERA a soumis à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, et je suis bien d’accord avec vous sur le fait que les nouvelles rames ne résoudront pas grand-chose alors que quelques mesures de bon sens permettraient des améliorations quasi immédiates et peu coûteuses. Pour la petite histoire : je suis né à Saint Germain où ma famille habite depuis le tout début du 20ème siècle. J’ai donc connu le train électrique (alimentation par troisième rail) pour Saint-Lazare et vu assez souvent des locomotives à vapeur en tête de trains de marchandises dans l’ancienne gare à ciel ouvert (avec tous les enfants jouant dans le jardin anglais je me précipitais sur le surplomb du petit tunnel joignant la tranchée ouverte à la gare pour être enveloppé de vapeur).

« Il fallait alors 30 minutes très précises… »

Il fallait alors 30 minutes très précises pour se rendre de Saint-Germain à Saint-Lazare, par des trains sans arrêt entre Paris et Rueil, et un peu plus en fin de soirée, les train étant alors omnibus de Rueil à Asnières. Les 30 minutes faisaient ronchonner ma tante qui rappelait souvent que les trains à vapeur joignaient St-Germain à Paris Saint-Lazare en 15 minutes précises avant la guerre de 14-18 : En effet, beaucoup de hauts fonctionnaires du réseau de l’Etat résidant à Saint-Germain et au Vésinet, et ces Messieurs rentrant déjeuner chez eux, ils s’étaient organisés matin, midi et soir des trains sans arrêt entre Le Vésinet et Saint-Lazare ! Ayant travaillé dans le quartier de l’Etoile de 1968 à 2010, j’ai donc pris le RER quasi quotidiennement depuis son arrivée à Saint Germain en octobre 1972 et constaté la lente détérioration du service :

  • Prolongation de la ligne sur la banlieue Est, avec pour conséquence immédiate la saleté des rames ;
  • Desserte des gares de Nanterre entraînant une augmentation du temps de parcours et une fréquentation… différente (reprenant le principe de la desserte SNCF, les RER de/pour Saint-Germain ont été pendant plusieurs années sans arrêt entre Rueil et La Défense).
  • Terminus au Pecq de nombreux trains allant auparavant jusqu’à Saint-Germain : le plus étonnant était que ces trains continuaient haut-le-pied jusqu’à Saint-Germain. Sachant cela, la plupart des voyageurs restaient dans la rame sans se soucier des injonctions sonores les invitant à descendre au Pecq. Puis le personnel de la RATP est entré en guerre contre cette pratique : portes bloquées en gare de Saint-Germain (pour nous empêcher de descendre avant l’arrivée du train suivant, d’où des discussions oiseuses avec les agents, allant jusqu’à l’activation du signal d’alarme !) puis inspection des trains en gare du Pecq, nous contraignant d’en descendre !

Pourquoi ne pouvions nous pas rester dans le train jusqu’à Saint Germain puisque la rame y demeurait à quai au moins plusieurs minutes, je ne l’ai jamais compris. On m’a dit à plusieurs reprises que c’était pour des raisons d’assurance mais çà ne me paraît guère plausible. Par la suite, et sans doute pour nous punir, les trains ayant Le Pecq pour terminus rebroussèrent à vide vers Paris, ce qui ne laissa plus d’autre choix que d’en descendre et nous geler l’hiver sur le quai. Il nous était bien entendu conseillé d’attendre à Paris le train pour Saint-Germain, mais l’expérience ayant démontré que le prochain train pour Saint-Germain pouvait fort bien être très en retard, je préférais me trouver « piégé » au Pecq qu’à Paris. Et il m’est arrivé plusieurs fois de monter à pied à Saint Germain de la gare du Pecq, et même une fois, très tard le soir, depuis Rueil. »

Edifiant, non ?

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