Golgota Picnic ou le vide de la pensée

"Golgota Picnic", la pièce de théâtre qui fait débat. Voir 20 Minutes.fr (cliquer).

Disons-le tout de suite : je n’ai pas vu « Golgota Picnic », la pièce qui se joue au théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 17 décembre 2011. Il ne s’agit donc pas ici de porter un jugement sur l’oeuvre. Je n’en ai ni le talent, ni la compétence de toute manière.

Il est manifeste, en revanche, que cette pièce choque des catholiques nombreux. Elle en choque suffisamment pour qu’on ne puisse considérer qu’il s’agit-là de quelques « illuminés » aveuglés par leur foi. Quand plus de 4000 catholiques se réunissent dans -et autour- de la cathédrale Notre-Dame pour y prier à l’invitation du cardinal archevêque de Paris, Monseigneur André Vingt-Trois, on n’est pas face à une bande d’incultes, d’obsédés de la religion ou de terroristes en puissance. On est en présence de familles, de jeunes gens et de jeunes filles qui protestent contre ce qu’ils considèrent comme l’abus d’une liberté ô combien essentielle : celle d’écrire et de créer.

Et c’est cette constatation qui me semble intéressante. Quand l’hebdomadaire « Charlie-Hebdo » publie à sa Une un simple dessin de Mahomet (que l’islam interdit de représenter), c’est un incendie qui ravage les locaux du journal. La réponse des croyants est radicale.

Il me vient alors à l’esprit une question (qui ne semble avoir effleuré l’esprit d’aucun journaliste) : est-ce que l’auteur de « Golgota Picnic » oserait créer une pièce de théâtre mettant en scène Mahomet à la place de Jésus ? Oserait-il le faire ? Quant à Jean-Pierre Ribes, qui a toute mon estime par ailleurs, oserait-il mettre cette pièce au programme de son théâtre, tout en traitant de « dingues » les musulmans choqués par un tel spectacle ? Je gage que non, et j’en suis certain même.

Il y a donc, de toute évidence, deux poids deux mesures. Il y a, d’un côté, les musulmans, et il y a, de l’autre, les catholiques, qu’il est de bon ton, dans le « tout-Paris bobo mondain », de moquer au nom d’une liberté d’expression, qui n’oppose que le vide à la croyance en Jésus.

Car, que l’on se comprenne bien, il ne s’agit pas ici d’interdire la caricature, la liberté de penser, de croire ou de s’exprimer : au contraire même. Mais encore faudrait-il que cette liberté s’appuie sur un contenu, pas sur du vide. De l’avis de ceux qui ont vu la pièce, à la foi des catholiques ne s’oppose que le vide de la pensée de l’auteur. On accepterait mieux qu’il oppose aux catholiques sa conception, sa pensée, ses réflexions, comme ont pu le faire en leur temps les grands philosophes, penseurs ou créateurs. Mais même en cherchant bien, on ne trouve rien, ou pas grand chose (ce qui revient eu même).

La liberté de créer, d’écrire et de représenter une pièce est totale. Elle est garantie en France, patrie des droits de l’Homme, par la Constitution de la République française. La liberté de croire, et celle de la dignité des croyants est tout aussi importante à préserver. Il y a un juste équilibre à trouver entre les deux : la liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. La liberté du créateur s’arrête donc là où commence celle du croyant, qui peut légitimement et juridiquement demander à ce que sa dignité soit respectée.

On ne peut donc pas reprocher aux catholiques d’exprimer leur mécontentement, si on laisse à la liberté du créateur le loisir de se moquer de leur foi à ce point-là. Monseigneur Vingt-Trois a d’ailleurs parfaitement résumé la pensée de l’Eglise à ce sujet : « de même que l’objectif du Christ n’est pas d’établir un royaume terrestre, notre objectif n’est pas de transformer les pays en églises, mais de vivre en chrétiens dans des pays qui ne sont pas nécessairement chrétiens. Il faut que nous acceptions que cette différence puisse aller jusqu’à l’injure et que nous ­acceptions de supporter avec le Christ l’incompréhension, l’hostilité et la violence des autres. Sinon, nous entrons dans une guerre culturelle qui n’est pas vraiment dans le sens de l’Évangile » (v. Famille chrétienne). Il ne s’agit donc ni d’interdire ni d’empêcher, mais seulement de manifester un mécontentement, comme le permet justement la liberté d’opinion et d’expression dont use l’auteur de « Golgota Picnic ».

Et puis demeure cette question non résolue, sur laquelle il convient d’insister à nouveau : l’auteur aurait-il le courage de créer la même pièce en se moquant des musulmans, au risque d’une Fatwa à son encontre ? J’en doute, mais j’attends la réponse avec intérêt. Avec les catholiques, il ne risque rien : ce n’est pas très courageux. Etre Salman Rushdie, ça aurait plus d’allure. Mais « Golgota Picnic », ce ne sont pas les « Versets sataniques »… Le vide toujours.

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