Pédophilie : les silences de l’Eglise

Pendant de nombreuses années, l'Eglise a tenté de protéger la communauté des Béatitudes, se rendant ainsi complice des agissements criminels de l'un de ses prêtres, qu'elle a refusé de dénoncer aux autorités judiciaires. Elle a aussi fait pression sur ceux de ses fidèles qui voulaient mettre fin à ces crimes odieux.

France 3 a consacré un numéro de son excellente émission « Pièces à conviction », présentée par Patricia Loison, à certains crimes pédophiles commis au sein de l’Eglise, avec l’assentiment de l’Eglise, dans la communauté des Béatitudes. La loi du silence y règne avec une force et une brutalité qu’il est difficile d’imaginer. Les dirigeants de cette communauté se sont tus, la femme témoin des faits à été réduite au silence, l’évêque à refusé d’entendre les faits et ne les a pas dénoncés comme la loi l’y obligeait. Les gendarmes n’ont pas cru les victimes. Et alors que le moine avait tout avoué de son côté, la juge d’instruction a fini par obtenir le classement après avoir demandé au moine de s’excuser par lettre auprès des parents des petites victimes. Heureusement, d’autres victimes se sont fait connaître.

Au total, d’après le reportage, 57 enfants auraient été abusés sexuellement par ce moine, alors que la hiérarchie ecclésiale en était informée, ainsi que les autorités judiciaires. Peut-on rappeler ici que la non dénonciation de crime est un délit, même quand il est commis par un évêque ? Et j’allais dire, a fortiori quand il est commis par un évêque (en dehors de l’espace sacré qui est celui de la confession).

Ce reportage est écœurant. La pédophilie n’est pas, loin de là, le seul fait de l’Eglise. L’école, les colonies de vacances, tous les lieux d’accueil de la jeunesse sont potentiellement dangereux à cet égard.

Dans certaines religions du Moyen-Orient, on peut certes marier de vieux messieurs à des fillettes de huit ans. Mais ce qui s’est passé ici est inqualifiable. Les personnes qui ont tenté de dénoncer ces crimes, remplissant leurs obligations de citoyens, ont été exclues de la communauté.

Pour le catholique que je suis, le comportement de l’Eglise de France est injustifiable. Jamais celle-ci ne s’est excusée dans ce dossier, jamais elle n’a reconnu ses fautes, jamais elle n’a daigné tirer les conséquences des faits qu’elle a couverts et encouragés par son silence complice. Aucun des évêques mis gravement en cause dans le reportage n’a été appelé à témoigner, ni entendu en vue du procès qui s’annonce.

Seule Murielle Gauthier, une simple membre des Béatitudes à l’époque des faits, a accepté de témoigner devant la justice et â la télévision. L’Eglise aurait dû la féliciter, mais non. Elle a tout enduré pour avoir osé rompre la loi du silence : comme dans la mafia.

Un tel comportement discrédite totalement l’Eglise de France (et non pas la religion catholique bien entendu). C’est très regrettable. L’accusé, le moine Pierre-Étienne Albert, attend son procès qui va enfin avoir lieu. Les enfants victimes, eux, n’ont reçu aucun soutien de l’Eglise. Je suis indigné.

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Pour information, communiqué de l’AFP sur cette affaire :

RODEZ, 2 oct 2008 (AFP) – Communauté des Béatitudes: 6 personnes remises en liberté après garde à vue

Six responsables ou membres de la communauté catholique des Béatitudes ont été remis en liberté après une garde à vue dans une instruction ouverte à Rodez pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité », a indiqué le parquet jeudi. « Trois d’entre eux ont reconnu avoir été informés des agissements du mis en examen », Pierre-Etienne Albert, un des frères de la communauté, « sans toutefois avoir connaissance de la gravité réelle des faits et du nombre de victimes », a précisé le procureur de la République de Rodez, Manuela Garnier, dans un communiqué. « Ils seront convoqués ultérieurement pour audition par le magistrat instructeur », ajoute le communiqué. De même source, on précise que les six personnes ont été placées en garde à vue à La-Roche-sur-Yon (Vendée), Prayssas (Lot-et-Garonne) et Toulouse par les enquêteurs de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse et la brigade de recherches de Rodez. Des sources concordantes avaient fait état mercredi de la garde à vue de deux personnes, dont la femme du fondateur de cette communauté charismatique, interpellées au siège de la communauté à Blagnac (Haute-Garonne). Frère Pierre-Etienne a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, en février 2008 à Rodez, pour une série d’agressions sexuelles sur mineurs. Cet homme de 57 ans a reconnu des attouchements sur une cinquantaine d’enfants de 5 à 14 ans dans toute la France entre 1985 et 2000. Frère Pierre-Etienne a reproché à sa hiérarchie de ne pas avoir pris la mesure de la gravité de la situation, en le déplaçant à plusieurs reprises dans différents postes après qu’il lui eut confié ses tendances pédophiles. Les trois personnes qui viennent de reconnaître avoir été informées « ont précisé avoir pris des dispositions afin de le placer dans des maisons de la communauté non accessibles au mineurs », selon le communiqué du parquet de Rodez. Ce frère et trois autres personnes, tous exclus de la congrégation, avaient déclaré en juillet refuser « de servir la loi du silence ». »

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