Quand un élève magistrat se retrouve en garde à vue

Citou, un auditeur de Justice (élève magistrat), a accompagné Me Eolas en garde à vue pour y assister des "clients".

Maître Eolas, toujours lui, publie sur son blog le compte rendu d’un élève magistrat qui a pu, à ses côtés, assister à des gardes à vue en qualité de stagiaire. Cet élève magistrat n’a pas indiqué aux policiers qu’il était élève magistrat de manière à ne pas influencer leur comportement. Ce qu’il décrit est troublant ; j’en publie un extrait et vous invite à lire la suite sur le blog de Me Eolas :

« Je suis auditeur de Justice, c’est-à-dire élève de l’École nationale de la magistrature et, à ce titre, membre du corps judiciaire. Ma formation se déroule en 31 mois, dont les six premiers s’effectuent en stage en cabinet d’avocats. C’est à cette occasion que j’ai pu effectuer des journées de permanence auprès de mon Maître. Des « gardes-à-vue ». Expression que l’on rabâche en cours de procédure pénale tout au long de nos études. « Durée de 24h, renouvelable une fois », c’est ainsi que la règle apparait dans nos gribouillis d’étudiants, sans mesurer la réalité qu’elle recouvre. Or, cette réalité, je l’ai approchée très rapidement. Et dans une période mouvementée, puisque concomitante à l’entrée en vigueur du nouveau régime de la garde-à-vue. Sur son invitation, je me permets de vous retranscrire mon expérience. Premier jour de permanence : appel à 19h. Nous sommes attendus au commissariat du 17ème arrondissement de Paris pour assister un dénommé Monsieur A. Rendu sur place rapidement, je pénètre pour la première fois l’enceinte d’un commissariat accompagné d’un avocat. Comment va-t-il être accueilli ? Comment lui se positionne-t-il par rapport à eux ? Je suis imprégné de clichés en tous genres, et la réalité me rattrape : nous arrivons au moment des changements d’équipes et une impression de désordre général se dégage. À cela, s’ajoute le constat de conditions matérielles de travail déplorables. Le PV de notification des droits nous est présenté. Toutes les informations doivent être étudiées minutieusement. Identité du mis en cause, heure de placement, faits reprochés, droits notifiés, avocat demandé (curieusement, il apparaitra parfois que la personne réclame un avocat pour l’entretien confidentiel mais ne souhaite pas en bénéficier pour les auditions. Après explications par l’avocat sur l’assistance à laquelle elle a droit, celle-ci changera toujours d’avis)… Puis, nous suivons le policier pour rencontrer « notre » client, à qui il est reproché des faits d’enlèvement, séquestration et violences volontaires. C’est alors qu’en passant devant une cellule, je suis témoin d’une scène qui restera comme l’une des plus marquantes de mon stage. Un policier est en train de pratiquer une clé d’étranglement sur un homme, torse nu, rouge et respirant avec difficulté (par la force des choses). Maître Eolas me fait remarquer que cela apparaîtra dans un PV sous la formule suivante : « Faisons application des gestes et techniques de sécurité en usant de la force strictement nécessaire pour maitriser l’individu ». Certes… »

La suite

Publicités
Cet article a été publié dans Droit. Ajoutez ce permalien à vos favoris.